On l'appelle la grande Sophie, il suffit pas de le croire mais il faut surtout le voir.
Le vivre, pourrait-on préciser, car prendre le large avec LGS, c'est partir à l'aveuglette : c'est éprouver cette sensation paradoxale, celle d'ignorer de quelles péripéties le voyage sera ponctué, mais de brûler d'impatience. Découverte en 2003, alors qu'en plein c½ur d'un été caniculaire, elle cherchait un moyen de trouver du courage jusqu'à l'épuisement ,elle s'est depuis engagé dans un très long périple.
Persévérante, cette artiste est parvenue à se frayer un chemin dans les méandres du succès avec son troisième album, Et si c'était moi, et ce grâce à son énergie et son omniprésence sur scène. Celle qui cinq ans auparavant écumait les bars avec pour seule compagnie, sa grosse caisse violette, une dénommée Purple, et sa guitare, conquit finalement la mythique scène de l'Olympia et fut couronnée aux victoires de la musique, dans la catégorie « révélation scène de l'année » en 2005.
La même année, elle surprend son public en proposant un quatrième album aux influences très rock, la suite, qui, en dépit d'une belle couverture médiatique, ne captive pas les foules, tant d'un point de vue critique que commercial. Mais qu'importe, la grande Sophie part le défendre sur scène et lui fait prendre une dimension nouvelle, ce qui lui vaut un accueil finalement triomphal.
Il nous faudra alors, à l'issue de cette tournée, patienter pendant près de trois ans pour découvrir son nouvel opus. Que s'est il passé, cette pile électrique aurait-elle eu le mal de vivre, un coup de pompe ou un ras le bol qui l'aurait éloignée du métier? Il n'en est rien. En effet, à contre courant de cette tradition qui consiste à enregistrer un album en studio pour ensuite le présenter sur scène, la grande Sophie préféra soumettre au préalable ses maquettes à son public, lors d'une tournée davantage intimiste que la précédente, comme lors de ses débuts, c'est à dire toute seule comme une grande. Elle pourrait ensuite faire ses propres choix et cultiver tranquillement son jardin. Cette contextualisation est plus qu'essentielle pour pouvoir lever l'ancre, sillonner ces vagues et ces ruisseaux, et ce en toute sécurité.
Prévoyant, en ce rude mois de janvier, on embarque à bord d'un gigantesque bateau et l'on se terre dans un coin tel un enfant apeuré, afin de survivre au spectacle déchainé qui risque de se jouer sous nos yeux . Et notre surprise est de taille lorsque l'on se rend compte que toutes nos précautions ne sont qu'artifices. En effet, tout au long de cet album, la traversée sera tranquille, à bien des longueurs du raz de marée que provoqua la suite.
Des vagues et des ruisseaux est un album composé de 13 ballades, au sens étymologique du terme, c'est à dire débarrassé de toutes les connotations négatives que nous lui donnons de nos jours. L'interprète y fait preuve d'une étonnante sobriété, ce qui ne lui est pourtant pas à première vue caractéristique, et le résultat n'en est que sublimé: Les instruments ne couvrent plus sa voix, ils la portent, et beaucoup d'amateurs découvriront que cette dernière est dotée d'un très joli timbre.
L'écriture est aussi légère, drôle et accessible que profonde, touchante et subtile. LGS livre successivement ses craintes d'adolescente dans Quand le mois d'avril, où lyrisme et doute se confrontent et se confondent, développe un fantasme humain, celui d'endosser d'autres rôles dans Quelqu'un d'autre, et crie son désespoir amoureux d'une manière poignante dans le titre éponyme. Elle dépeint avec délicatesse et justesse les sentiments humains, ceux ressentis lors d'une douloureuse rupture dans Tu n'as pas cherché à me voir, pour laisser place à une triste ranc½ur avec Ta mauvaise foi. Toutefois, LGS n'oublie pas de conserver sa légèreté et son écriture piquante, domaine dans lequel elle excelle. Ainsi conclut-elle avec ironie que le meilleur moyen de résister à la tentation est d'y céder ou que le Show business est un monde aussi amusant que hypocrite. Elle aime enfin danser sur le disco, titre qui ne revêt absolument pas les caractéristiques du genre.
Mais là où la performance est de taille, c'est qu'elle parvient à rendre sa musique « populaire », en faisant de chaque titre un potentiel tube, par le biais d'airs qui restent dans la tête du matin de bonne heure à tard le soir, moment où l'on pourra engager une valse des adieux.
Sophie a grandi, pour devenir la très grande Sophie, celle qui grâce à cet album et au moyen de petits ruisseaux est parvenue à conquérir et le public et la critique. Pourquoi des vagues? Allez la voir en concert, et vous comprendrez mieux...
"Pardonner et lâcher prise
S'abandonner n'est pas facile du tout
Pardonner avec franchise
Et se donner d'autres rendez-vous
D'autres rendez-vous
Pardonner."